Mamadou Segpa prend 5 ans ferme pour sa radicalisation

Un policier devant la mairie de Saint-Étienne-du-Rouvray le 26 juillet

Un policier devant la mairie de Saint-Étienne-du-Rouvray le 26 juillet. Crédit: CHARLY TRIBALLEAU AFP

Le 24 juillet 2016, une perquisition administrative avait été menée à leur domicile et, dans son téléphone, les enquêteurs avaient retrouvé une vidéo qu'il venait de recevoir dans laquelle un homme annonçait une "attaque dévastatrice" et prêtait allégeance à l'organisation Etat islamique (EI).

C'était une menace imminente. Quelques jours avant le drame de Saint-Etienne-du-Rouvray, ce passionné de vidéos de propagande djihadiste avait récu le projet d'attentat contre l'église et le prêtre de cette commune de l'agglomération rouennaise. Mais il n'a rien fait. Lorsqu'il n'est pas en cours, Omar réalise des sketchs qu'il diffuse sur YouTube sous le nom de "Mamadou Segpa". Cependant, le tournant interviendra lorsqu'Omar se mit en tête de produire une vidéo intitulée "Mamadou Segpa rejoint Daesh".

Devant les enquêteurs, ce passionné de montage avait avoué une fascination pour les films produits par l'organisation État islamique, des vidéos "bien faites " à la musique "entraînante", "comme du vaudou ". Le jeune homme en vient à télécharger de plus en plus de fichiers d'attentats et même des documents de conseils pour les apprentis terroristes. "Il n'y a aucune différence entre la cocaïne et les vidéos de Daech, à chaque fois on veut savoir ce qui va se passer", explique Omar, qui finit par épouser les thèses et le discours jihadistes. Le 23 juillet 2016, il lui a envoyé une vidéo Abdel-Malik Petitjean annoncer une "attaque dévastatrice qui va bouleverser le cœur des mécréants".

Et de spectateur, il devient acteur: La justice lui reproche des velléités de départ en Syrie, des échanges répétés au sein de la "jihadosphère" avec le propagandiste Rachid Kassim notamment.

"J'étais choqué par ces propos mais j'y croyais pas trop", affirme Omar, qui ne prévient pas les forces de l'ordre.

Le 26 juillet, pendant la garde à vue d'Omar, le père Hamel est égorgé dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Les enquêteurs avaient alors fait le lien avec la vidéo: l'homme qui s'exprimait face caméra n'était autre qu'Abdel Malik Petitjean. Un jeune Algérien de 20 ans a été condamné vendredi 1 décembre 2017 à cinq ans de prison devant le tribunal correctionnel de Paris pour association de malfaiteurs à visée terroriste. "Si j'avais dénoncé cette vidéo à la police, peut-être que le prêtre serait encore en vie", a-t-il admis devant les magistrats, en estimant ne pas avoir été radicalisé "religieusement". En dépit de faits "d'une gravité évidente" - "vouloir partir en Syrie après les attentats de 2015 et 2016" - le tribunal s'est dit "confiant" s'agissant de sa "prise de conscience".

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