L'enquête sur Lafarge en Syrie rebondit à Paris

Enquête sur Lafarge en Syrie : trois ex-salariés syriens entendus à Paris

Un ex-dirigeant de Lafarge admet des versements d'argent à Daech

Trois ex-salariés syriens de la cimenterie de Lafarge en Syrie ont été entendus cette semaine par les juges d'instruction chargés de l'enquête sur le groupe, a en outre appris mercredi l'AFP de source proche de l'enquête.

L'enquête porte aussi sur la connaissance qu'auraient eu des responsables du groupe en France de ces agissements et du danger qu'ils ont pu faire courir aux employés sur place. "Ils ont confirmé le caractère accablant des éléments qui pourraient être retenus contre Lafarge", a indiqué leur avocate Marie Dosé.

Les ex-salariés, un informaticien, un ingénieur et un employé chargé des emballages dans l'usine, venus spécialement de Syrie pour répondre à la convocation des magistrats, ont été entendus pendant plusieurs heures les 18,19 et 20 septembre, a précisé une source proche de l'enquête, indiquent des médias français.

Des paiements du cimentier effectués "aux groupes djihadistes".

De fait, les auditions de début 2017 ont permis d'obtenir les aveux de trois hauts responsables de Lafarge: les directeurs de sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS) - Bruno Pescheux puis Frédéric Jolibois - et le directeur général adjoint du groupe, Christian Herrault, superviseur de la Syrie.

Des révélations terribles. Des extraits de l'enquête judiciaire sur les agissements du cimentier publiés mercredi par "le Monde" révèlent que le groupe LafargeHolcim s'est plié à une "économie de racket" menée par des groupés armés en Syrie dès la fin de l'été 2012 pour assurer la continuité de ses activités dans le pays.

"Cela représentait 5 millions de livres syriennes par mois pour Daech (acronyme arabe de l'EI), environ 30 000 dollars (plus de 20 000 euros)". Un intermédiaire a même été employé "pour négocier avec les groupes armés qui tiennent les checkpoints autour de l'usine", écrit Le Monde.

"La décision du leader mondial des matériaux de construction de rester en Syrie a reçu l'aval des autorités françaises, avec lesquelles le groupe était en relation régulière entre 2011 et 2014", révèle en outre le quotidien du soir. "Le gouvernement n'a jamais incité Lafarge à partir de Syrie", a souligné Christian Herrault, tandis que Frédéric Jolibois a relevé avoir été "régulièrement en contact avec le Quai d'Orsay et la DGSE". "La seule gestion de Lafarge était une gestion financière en dehors de tout critère humanitaire: le groupe n'a pas hésité à mettre en danger l'intégrité physique de ses salariés et à les exposer au pire", a-t-elle confiée à l'AFP.

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